Affaire Navarra entre Bissau et Conakry : Débouté par la justice guinéenne, le colombien Edilson J.C Zapata reste en prison

Le 12 mai 2023, le Président du Tribunal de Première Instance de Dixinn a débouté le colombien, M. Edilson Jaime Castano Zapata, qui avait sollicité une mise en liberté. Poursuivi pour trafic illicite de stupéfiants et substances assimilées par importation, transport international, blanchiment et complicité, M. Zapata, mécanicien de profession, de nationalité colombienne, restera en prison sur la base d’une décision du président du Tribunal de Première Instance de Dixinn. Cette poursuite est liée à l’Affaire Navarra, une opération de saisie, en septembre 2019, de près de 2 tonnes de cocaïne par la police de Guinée Bissau. Faut-il rappeler que l’assignation en référé liberté avait été introduite en avril 2023 par son conseil, Me Jean-Baptiste Haba, près du Procureur de la République, pour obtenir sa mise en liberté. Il est détenu depuis le 1er juillet 2021 à la maison centrale de Conakry. Cependant, au même moment du côté de Bissau, cette affaire a été déjà jugée par la Cour Suprême.

Arrêté sur signalement d’Interpol France, selon des sources juridiques, M. Zapata serait victime de sa générosité qui l’avait conduit à héberger, entre 2006 et 2007, l’aventurier mexicain Arizona Manje Ricardo. M. Ricardo a été ainsi identifié en 2019, comme « complice actif » du réseau des trafiquants de drogue de 12 membres, démantelé en Guinée Bissau.

Selon les termes de l’exploit du 28 avril 2023 de l’huissier, Me Amadou Kaba, l’accusé M. Zapata avait été placé sous mandat de dépôt par le juge d’instruction, M. Aboubacar Kourouma, avant d’être renvoyé près le Tribunal criminel par ce même magistrat. Premier couac selon des sources habituées au dossier, Ricardo n’étant ni arrêté ni incriminé par les réquisitions de renvoi du Procureur de la République, alors qu’il était recherché durant l’enquête préliminaire. Tout de même, l’affaire Zapata a été évoquée le 18 juillet 2022 et après plusieurs audiences, le délibéré a été fixé au 31 octobre 2022 et à cette date, il a été renvoyé au 07 novembre et ensuite au 14 novembre 2022.

Une fois arrivé le délai indiqué, alors que toutes les parties s’attendaient au verdict du jugement, selon une partie au procès, le juge M. Sékou Soumah a, selon nos sources, pris sur lui seul, la responsabilité de rabattre le délibéré pour la réouverture des débats et d’ordonner un transport judiciaire à Boffa où habitait le mexicain Arizona Manje Ricardo.

La défense de M. Zapata a noté que malgré tous les efforts auprès du cabinet d’instruction désigné, le transport judiciaire n'a pas eu lieu et finalement, le 17 mars 2023 a été fixé un autre rendez-vous, pour le transport judiciaire. En route pour Boffa, Me Haba constatera au niveau de Tanéné que le juge d’instruction désigné n’a pas bougé de Conakry. Il fait demi-tour. Impossible donc d’exécuter la mission de collecte d’information sur le mexicain, Arizona Manje Ricardo (déjà en fuite), qui, selon une source experte en matière de trafic de drogue, « était installé à Boffa, pour soi-disant l’exploitation d’une usine de glace » et ses 3 présumés complices à savoir Alberto Aluarez Torres (musicien), Edilson Jaime Castano Zapata et Lazaro Diaz Cubain de nationalité [Partie à compléter et éclairer…] et mécanicien de profession (https://guineematin.com/2022/10/18/trafic-international-de-drogue-10-ans-de-prison-requis-contre-3-sud-americains-edison-zapata-lazaro-diaz-et-alberto-torres-a-conakry/?fbclid=IwAR1CvWMIaltYSaFE4BQrPWYcRsoIjQu5IbR6MqRNlep7xTLuuRf4RwUgJ5). Selon une source judiciaire, « tous sont détenus à la maison centrale de Conakry, à l’exception de M.Ricardo qui est le cerveau principal présumé ».  

La défense de M. Zapata a remarqué une carence de l’administration judiciaire qui empêche que l’accusé soit jugé dans un délai raisonnable, et « qu'il soit maintenu arbitrairement en détention. Qu’il en résulte que M. Zapata ne bénéficie ni d’un procès juste et équitable, ni d’une détention légale et que tout porte à croire que M. Zapata serait maintenu et oublié en détention en violation flagrante de l’article préliminaire du code de procédure pénale ». Me Haba estime qu’il se pose la nécessité d’obtenir sa liberté. 

En réplique, le Procureur de la République déclare que M. Zapata est détenu dans le cadre d’une procédure régulière et surtout ordonnée par une décision de la formation criminelle du Tribunal. Concluant, qu’en l’espèce, il n’appartient pas à la juridiction présidentielle du Tribunal d’ordonner la libération de M. Edilson Jaime Castano Zapata. 

Pour le verdict rendu le 12 mai 2023 par M. Ibrahima Sory 2 Tounkara, le jugement de cette affaire est en cours et que c’est par une décision régulière de la formation de jugement, que le juge d’instruction a été investi d’une mission. Et qu’à cette phase de la procédure, la formation de jugement est la mieux indiquée pour non seulement donner une orientation à l’affaire Zapata et compagnie, mais également pour décider de la détention ou non de M. Edilson Jaime Castano Zapata. Que de ce qui précède, « il convient de débouter » M. Edilson Jaime Castano Zapata. En statuant publiquement, contradictoirement, en matière de référé en premier ressort, si M.Zapata a été reçu en son action mais celle-ci a été déclarée « mal fondée », avant d’« être déboutée de toutes ses prétentions ». La défense de M.Zapata indique avoir interjeté appel et s’apprête á plaider en matière de référé liberté devant le juge des libertés à la Cour d’Appel de Conakry.  

A noter que l’Affaire Navarra a déjà été jugée par la Cour Suprême de Justice de la Guinée Bissau(https://levenementniger.com/guinee-bissau-les-noms-des-trafiquants-de-loperation-navara-devoiles/), à travers sa chambre criminelle qui a acquitté les accusés des crimes de trafic des stupéfiants. Des sources soutiennent que cette décision de la Justice Bissau guinéenne serait en harmonie avec la volonté du Président Umaru Emballó de réduire les peines de plusieurs accusés reconnus coupables dans cette Affaire Navarra.