Histoire des Fulɓe et du Fouta-Djalon
L’ethnie peule est désignée par les appellations Fulɓe (singulier : Pullo) et Haalpulaar’en, selon les régions et les communautés. Leur origine demeure une question de recherche complexe, débattue depuis le XIXᵉ siècle. Historiens, anthropologues, linguistes, archéologues et spécialistes des traditions orales ont proposé plusieurs hypothèses pour l’expliquer.
Par conséquent, toute étude historique sur les Fulɓe doit s’appuyer sur une analyse critique des différentes sources et des principales thèses disponibles. De manière générale, les positions des principaux chercheurs se regroupent autour de trois grandes orientations : une origine proche-orientale ou nord-africaine, une origine autochtone ouest-africaine, et une origine multiple résultant de plusieurs vagues migratoires et de métissages. Maurice Delafosse (1924) défend l'idée d'une origine nord-africaine fondée sur l’analyse linguistique et la comparaison des traditions, tandis que Gustave d’Eichthal (1860) met en avant une ascendance possible d’origine orientale. Louis Faidherbe (1889) soutient, quant à lui, une origine locale ouest-africaine, et Charles Tauxier (1937) s'appuie sur les sources orales pour documenter des migrations internes. Paul Marty (1921) et André Arcin (1889) ont approfondi la question par l'étude des sociétés peules et de leurs dynamiques politiques. William Derman (1968) a étudié la stratification de la société foutanienne. Les recherches plus récentes, comme celles du professeur Abou-Bacry Moussa Lam (1993), apportent une analyse linguistique fine, tandis qu’Oumar Kane met l'accent sur les manuscrits et la chronologie des royaumes peuls. Amadou Hampâté Bâ (1994) a enrichi l'étude par une attention particulière portée aux traditions orales, tandis que Cheikh Anta Diop (1981) a contribué à la réflexion sur les origines en s’appuyant sur la linguistique et l’histoire ancienne de l’Afrique. Les manuscrits de Ceerno Aliou Bouba Ndia, Thierno Saadou Dalen et Thierno Samba Mombéya offrent des témoignages des savants peuls eux-mêmes, et les archives de Gilbert Pierre Vieillard, de Boubacar Diallo, d’Ismailou Baldé et de Mariame Diallo (2024) abordent les dynamiques internes et la mémoire peule. Enfin, les travaux plus récents, comme ceux du Dr Ibrahima Mamadou Ba (2014), du professeur Ismaël Barry (1997), du Dr Lamine Mansaré (2021), du professeur Maladho Siddy Baldé (2024) et du professeur Alpha Amadou Bano Barry (2025), apportent des perspectives renouvelées issues de l’histoire contemporaine et des sciences sociales.
Parmi les avancées majeures des recherches récentes, il faut souligner l'apport des études génétiques, qui mettent en évidence la complexité des origines des Fulɓe, combinant des éléments d'ascendance locale ouest-africaine et des traces d'influences nord-africaines et sahariennes. Parmi les études génétiques les plus marquantes, on peut citer les travaux menés par Henn et al. (2012) sur la diversité génétique d'Afrique de l'Ouest, ceux de López et al. (2022) sur les métissages et les migrations anciennes dans les populations peules, ainsi que l’étude de Joseph M. Douka et collaborateurs (2021) qui analyse l'apport des génomes anciens à la compréhension des flux migratoires sahéliens. Ces recherches, publiées dans des revues internationales telles que Nature et Science, offrent des bases solides pour appréhender la complexité des origines peules et apportent un éclairage nouveau grâce à l'utilisation d’analyses d’ADN mitochondrial et nucléaire. De plus, les analyses interdisciplinaires ont permis de mieux cerner la diversité des trajectoires migratoires et l’importance des échanges culturels dans la formation de l’ethnie. Enfin, de nouvelles lectures des manuscrits anciens remettent en question certaines interprétations traditionnelles et révèlent une pluralité d’expériences historiques selon les régions. À ces contributions s’ajoutent d’autres manuscrits des royaumes foutaniens ainsi que les recherches de nombreux spécialistes contemporains, qui enrichissent continuellement les connaissances sur l’histoire des Fulɓe.
Cependant, ces chercheurs ne défendent pas tous la même interprétation. On distingue principalement trois grandes hypothèses sur l’origine des Fulɓe :
Premièrement, l’hypothèse sémitique ou proche-orientale avance que les Fulɓe descendent de peuples originaires du Moyen-Orient ou de populations sémites. Cette thèse s’appuie notamment sur certaines similarités linguistiques, la physionomie et des éléments de traditions orales liant les Fulɓe à des migrations anciennes venues de l’Est.
Deuxièmement, l’hypothèse ouest-africaine les rattache aux anciennes populations autochtones de l’Afrique de l’Ouest. Selon cette approche, les Fulɓe seraient issus d’une évolution locale, étayée par des études archéologiques, l’analyse des langues africaines et des témoignages oraux, qui insistent sur leur ancien enracinement dans la région.
Troisièmement, l’hypothèse d’une origine multiple postule que les Fulɓe sont le fruit de divers métissages et de migrations successives impliquant à la fois des populations africaines locales et des groupes venus de l’extérieur. Cette vision est corroborée par la diversité des récits oraux, les traces génétiques récentes et l’observation de la variété des pratiques culturelles au sein de l’ethnie.
Ces différentes approches reposent sur l’étude des traditions orales, des manuscrits anciens, de la linguistique historique, de l’anthropologie, de l’archéologie et, plus récemment, de la génétique des populations. Dans mon analyse, la sélection des sources s’appuie sur plusieurs critères méthodologiques afin de garantir la fiabilité et la représentativité des données. Sont retenues en priorité les sources directes et contemporaines des faits étudiés, notamment les documents écrits et les archives officielles dès lors qu’ils sont accessibles. Les manuscrits anciens sont inclus sur la base de leur authenticité, de leur traçabilité et de leur pertinence pour les périodes concernées. Les témoignages et traditions orales sont sélectionnés selon leur cohérence, leur récurrence au sein de différentes communautés et leur capacité à être recoupés avec des données matérielles ou textuelles. Ont été exclues, dans la mesure du possible, les sources présentant des incohérences manifestes, un parti pris idéologique avéré ou un manque de preuves de transmission fiables. Par ailleurs, les apports de la linguistique, de l’archéologie et de la génétique sont intégrés dès lors qu’ils reposent sur des méthodes scientifiques validées et publiées dans des travaux reconnus. Lorsque certaines sources, telles que des manuscrits anciens ou des témoignages oraux, n’étaient pas directement accessibles, j’ai pris soin de tenir compte de cette limitation et de me référer à des analyses secondaires réputées pour leur sérieux méthodologique, tout en explicitant la nature indirecte de ces informations. Ainsi, la priorité est donnée aux pièces dont la provenance et le contexte de production sont clairement établis, en veillant à diversifier les types de sources afin d’obtenir une vision d’ensemble aussi nuancée que possible. Cette démarche de sélection et de hiérarchisation permet de confronter les sources, d’apprécier avec précision leur valeur respective et de situer chaque hypothèse à la lumière de l’ensemble des données disponibles.
À ce jour, aucun consensus scientifique ne permet de privilégier définitivement une seule hypothèse. Dès lors, une démarche historique rigoureuse exige de confronter les sources, d’évaluer leur fiabilité et de comparer les différentes interprétations à la lumière des connaissances les plus récentes. Pour évaluer la fiabilité des sources, les historiens prennent en compte plusieurs critères : ils cherchent à corroborer les informations en comparant différentes sources, replacent chaque document dans son contexte historique, analysent l’intention et le positionnement de l’auteur pour déceler d’éventuels partis pris, et tiennent compte des conditions de production et de transmission du texte ou du témoignage. Cette méthode, qui est aussi la mienne, permet de distinguer les faits historiquement établis des traditions, des récits mémoriels et des hypothèses encore en discussion.
Néanmoins, plusieurs questions de recherche demeurent sans réponse et continuent d’alimenter les débats scientifiques. Parmi les principales questions ouvertes, on peut mentionner : l’identification précise des foyers originels des Fulɓe et des itinéraires migratoires suivis dans l’Antiquité ; la nature exacte des contacts et des influences entre populations locales d’Afrique de l’Ouest et groupes exogènes remontant au Sahara ou au Proche-Orient ; la chronologie détaillée et la dynamique des processus de métissage culturel et linguistique ; l’analyse génétique des populations peules à l’échelle régionale, qui pourrait apporter des éléments nouveaux ; la fiabilité et l’interprétation souvent divergente des témoignages oraux et des manuscrits anciens, parfois contradictoires ; enfin, les liens entre les différentes appellations ethniques et leur évolution au fil du temps.
Pour avancer sur ces problématiques, il serait pertinent de mettre en œuvre des axes de recherche concrets et interdisciplinaires. Parmi les pistes à explorer, on peut recommander la réalisation d’échantillonnages génétiques régionaux coordonnés, impliquant des laboratoires locaux et internationaux, afin de cartographier finement les apports d’ascendance des populations peules selon les différentes zones. Une analyse comparative numérique des manuscrits anciens, grâce à l’utilisation d’outils de reconnaissance de l’écriture et de bases de données collaboratives en ligne, permettrait de systématiser l’étude des variantes textuelles et de croiser les traditions écrites de diverses régions. De même, le recueil et l’archivage numériques des traditions orales, associés à la linguistique computationnelle, permettraient d’étudier la récurrence et l’évolution des récits dans une perspective diachronique. Enfin, la mise en place de projets collaboratifs entre historiens, archéologues, linguistes, anthropologues et spécialistes des humanités numériques favoriserait le développement de bases de données géoréférencées des sites archéologiques et des routes migratoires, ainsi que l’analyse croisée de l’ensemble des sources. De telles approches concrètes contribueraient à renouveler et approfondir l’étude des origines et des dynamiques internes des Fulɓe.
Ces questions montrent les limites de l’état actuel de la recherche et soulignent la nécessité de poursuivre les études à partir d’approches complémentaires. Parmi les axes futurs à privilégier, il serait pertinent d’encourager des enquêtes de terrain interdisciplinaires, impliquant historiens, linguistes, archéologues, anthropologues et spécialistes de la génétique, afin de croiser les données et de mieux appréhender la complexité des parcours historiques. Une analyse comparative systématique des manuscrits anciens, conservés dans différentes régions, pourrait également permettre de nuancer ou de réviser certaines interprétations traditionnelles. Le développement de programmes collaboratifs de collecte et d’archivage des traditions orales constitue également une piste essentielle pour préserver la diversité des récits locaux. Enfin, le recours aux technologies récentes, telles que la génétique des populations ou la cartographie numérique des itinéraires migratoires, constituerait un atout précieux pour renouveler l’étude des origines et des dynamiques internes des Fulɓe. De telles approches offriraient de nouvelles perspectives pour approfondir la connaissance de cette ethnie et stimuler le débat scientifique sur ses origines.
Ainsi, l’histoire des Fulɓe doit être écrite dans le respect des méthodes critiques de la recherche historique, en s’appuyant sur des preuves documentaires, des analyses interdisciplinaires et une confrontation permanente des sources.
Pour revenir à une question qui fait aujourd’hui l’objet de nombreux débats, notamment sur les réseaux sociaux, il est important de préciser la nature de ces controverses. Les principaux points de désaccord concernent d’une part l’appartenance géographique initiale des Fulɓe : certains soutiennent une origine strictement ouest-africaine, d’autres privilégient l’hypothèse d’une descendance orientale ou saharienne. Par ailleurs, les discussions portent sur la signification des similitudes linguistiques avec d’autres groupes, l’interprétation des marqueurs génétiques récents et la fiabilité des traditions orales par rapport aux sources écrites. Ces débats sont également alimentés par des enjeux identitaires, opportunistes et politiques contemporains, ce qui complique l’analyse historique. Concrètement, on a observé que certaines publications universitaires ou conférences publiques sur les Fulɓe ont suscité des réactions vives, voire des campagnes de contestation sur les réseaux sociaux, lorsqu'elles remettaient en question des récits identitaires largement partagés. Par exemple, des chercheurs ont rapporté avoir été interpellés publiquement ou sollicités par des associations pour modifier ou nuancer leurs conclusions. Il arrive également que des revues scientifiques reçoivent de nombreuses lettres ou messages après la parution d’un article sur l’origine des Fulɓe, ce qui traduit une forte attente communautaire ou des inquiétudes quant à l’image du groupe. Cette situation a un impact direct sur les travaux académiques : les chercheurs sont parfois confrontés à des pressions publiques ou à des attentes communautaires susceptibles d’influencer la réception de leurs travaux, voire la sélection et l’interprétation des sources. Par conséquent, il existe un risque que certaines analyses soient orientées, consciemment ou non, par ces enjeux actuels, ce qui souligne l’importance de maintenir une distance critique et de s’appuyer sur une pluralité de sources. Il convient donc de rappeler que les différentes hypothèses sur l’origine des Fulɓe doivent être examinées avec prudence et dans le respect de la méthode historique. Les controverses contemporaines ne sauraient remplacer l’analyse critique des sources anciennes et des travaux scientifiques.
Ainsi, Maurice Delafosse (1924) a défendu l’hypothèse selon laquelle les Peuls seraient issus d’un métissage entre des populations noires africaines et des groupes d’origine sémitique, notamment juifs. Cette thèse a suscité de nombreux débats et a été discutée, nuancée ou contestée par plusieurs chercheurs au cours du XXᵉ siècle.
À l’inverse, les travaux du Dr Lasnet ainsi que les références attribuées à Claude Ptolémée situent les ancêtres des Fulɓe dans la vallée du Nil. Selon cette hypothèse, leur patrimoine culturel et humain remonterait à la Haute-Égypte. À la suite de migrations successives, ces populations auraient gagné le sud du Maroc, où certaines sources anciennes les désignent sous l’appellation d’« Éthiopiens blancs ». Elles se seraient ensuite progressivement établies dans le Sahara avant de rejoindre l’Afrique de l’Ouest au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne.
Par ailleurs, d’autres chercheurs fondent leurs analyses sur les gravures rupestres et les peintures du Néolithique saharien. Ils établissent un lien entre les Fulɓe et les migrations issues de l’Égypte prédynastique. Selon cette interprétation, la présence des ancêtres des Peuls remonterait à environ 4 500 ans avant Jésus-Christ. Au fil des siècles, de nouvelles vagues migratoires auraient conduit une partie de ces populations vers les vallées du fleuve Niger, le massif du Fouta-Djalon et les régions qui correspondent aujourd’hui au nord du Nigeria. Toutefois, la valeur probante de ces éléments archéologiques fait l’objet de débats parmi les spécialistes. Si les gravures du Sahara témoignent clairement de mouvements de populations et de contacts anciens, leur attribution directe aux ancêtres des Fulɓe demeure hypothétique et ne fait pas l’objet d’un consensus scientifique. Plusieurs chercheurs soulignent que l’interprétation de ces vestiges, parfois fragmentaires, doit être exercée avec prudence, en l’absence de preuves matérielles directes établissant un lien continu entre ces peuples anciens et les Fulɓe historiques. Ainsi, la portée de ces données archéologiques, bien que suggestive, reste sujette à discussion dans le champ de la recherche.
En outre, plusieurs auteurs soulignent que les grands bouleversements politiques en Afrique de l’Ouest ont favorisé d’importants mouvements migratoires. La chute de l’Empire du Ghana en 1076-1077, le déclin progressif de l’Empire du Mali à partir de la fin du XIIIᵉ siècle et l’essor de l’Empire songhaï au XVᵉ siècle ont profondément modifié les équilibres régionaux et accéléré les déplacements des populations (Ba, 2014). Les Fulɓe, comme d’autres peuples sahéliens, furent touchés par ces migrations.
Selon Ibrahima Mamadou Ba (2014), l’une des principales vagues migratoires se produisit au début du XIVᵉ siècle sous l’autorité des trois fils de Maâkama : Bodhawal Maâkama, Diâlika Maâkama et Mbôlo Maâkama. Initialement installés dans le Macina ancien, ils auraient ensuite conduit leurs communautés vers le Fouta-Dior et la région du Diarra, dans l’actuel Mali.
Toujours selon Ba (2014), l’ancien empire du Termès englobait le Macina ancien, le Fouta Toro, une partie de l’ouest de l’actuel Mali, le Ferlo ainsi que le nord du Boundou. La province de Namandirou comprenait, quant à elle, le sud du Boundou, le Gabou et un vaste espace s’étendant du sud-ouest du Mali jusqu’au Fouta-Djalon.
En étudiant les composantes de la population du Fouta-Djalon, Paul Marty (1921) distingue plusieurs catégories sociales. Il souligne qu'à côté des fulasoo ou marga, existait le runde, un groupe composé de captifs. Ces derniers vivaient et travaillaient sous l'autorité d'un Satigui à Timbo ou d'un Manga à Labé, représentants de confiance de l'Almamy ou des chefs de diiwal et de misiide.
Par ailleurs, Marty (1921) indique que l'histoire islamique du Fouta-Djalon s'est développée en deux grandes phases. La première fut marquée par une lutte permanente contre les populations non islamisées qui vivaient sur le territoire. La seconde concerna les conflits menés contre les populations établies à la périphérie du Fouta-Djalon, notamment les Malinkés, les Soussous, les Foulakounda, les Tenda, les Mikhiforé, les Landouman, les Timèné et les Baga (Marty, 1921). D’ailleurs, des chefs du Fouta-Djalon n’ont-ils pas demandé et obtenu des chefs mandés l’envoi des caravanes des familles de métier libres de toute servitude ?
Ces observations ont conduit certains historiens à s'interroger sur l'ancienneté de la présence mandingue au Fouta-Djalon. Selon cette interprétation, une partie des populations mandingues aurait trouvé refuge dans cette région pour échapper aux conflits politiques ou à la domination de la dynastie des Keïta (sous la conduite de Soundiata). Cette hypothèse suggère que des communautés mandingues étaient déjà établies au Fouta-Djalon avant les grands mouvements de populations provoqués par la traite des esclaves et avant l'expansion de l'État de Samory Touré à la fin du XIXᵉ siècle. Samory est décrit comme un grand pourvoyeur de captifs et de soutien militaire aux chefs du Fouta-Djalon. Toutefois, cette interprétation demeure discutée et doit être confrontée à d'autres sources historiques.
Quant à la dénomination « Djalon », mon analyse s'appuie sur les contradictions relevées dans les manuscrits foutaniens concernant l'orthographe du mot en écriture ajami. Elle repose également sur les principes religieux et moraux qui guidaient les fondateurs de l'État théocratique du Fouta-Djalon.
Selon cette interprétation, ces fondateurs du Fouta Djalon construisaient leur organisation politique et sociale sur un ensemble de valeurs considérées comme essentielles. En premier lieu, ils affirmaient leur foi en Dieu, l'Unique, Créateur du ciel, de la Terre et de l'Univers. Ensuite, ils considéraient la vérité comme un devoir et rejetaient le mensonge. Ils respectaient également la parole donnée et n'acceptaient pas de rompre un pacte. Par ailleurs, ils plaçaient l'honneur et la dignité humaine au-dessus de toute considération matérielle et n'hésitaient pas à risquer leur vie pour les défendre. Ils condamnaient l'adultère, demeuraient fidèles à leurs engagements et faisaient preuve d'une grande générosité envers les personnes dans le besoin, dans la mesure de leurs moyens.
Ibrahima Mamadou Ba (2014) rattache cet ensemble de principes à la célèbre maxime Haramedji-Diedhidhi, dite « les sept interdits », qu'il présente comme l'une des expressions les plus représentatives du sens de l'honneur chez les Fulɓe. Selon cet auteur, cette maxime continue d'occuper une place importante dans la mémoire collective et dans les valeurs culturelles peules dignes du Poulaagu.
Toutefois, le lien entre ces principes moraux et l'étymologie du mot « Djalon » relève d'une interprétation historique. Il convient donc de distinguer cette lecture des faits établis par les sources documentaires et de continuer de la confronter aux manuscrits qui ne sont pas en ma possession, aux traditions orales sans flagorneries et aux travaux des historiens afin d'en apprécier la portée scientifique.
Enfin, les traditions historiques et plusieurs études montrent que les Fulɓe se sont progressivement implantés dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest. Selon les contextes, cette implantation s’est réalisée par des alliances, des métissages, des échanges commerciaux, la prédication islamique ou des conquêtes militaires. Dans plusieurs espaces, ils ont fondé des États théocratiques et des formations politiques fortement structurées, notamment au Fouta-Djalon, au Macina et à Sokoto. Ces États ont profondément influencé l’organisation politique, sociale, religieuse et culturelle des populations locales.
Akoumba Diallo
New York, le 11 juillet 2026

