Projet Simandou : rétablir la vérité historique face aux raccourcis politiques

Si la mise en exploitation du projet de minerai de fer de Simandou peut aujourd’hui être présentée comme une réussite géopolitique majeure pour la Guinée, il importe toutefois de dissocier la phase actuelle de concrétisation de l’histoire réelle de son initiation. À cet égard, certaines déclarations récentes, souvent empreintes de légèreté analytique, appellent un rappel rigoureux des faits.
En effet, le projet Simandou ne saurait être imputé à une initiative récente, encore moins à un régime politique contemporain. Bien au contraire, ses fondations techniques, scientifiques et institutionnelles remontent à la fin des années 1990. L’un des tout premiers rapports d’études manuscrits sur le projet, signé par J. Harris, est daté du 25 février 1997, attestant de l’ancienneté du processus.
Dans la même dynamique, les premières négociations institutionnelles formelles entre l’État guinéen et Rio Tinto ont été engagées dès cette période. Une réunion majeure relative à la négociation de la convention de concession commerciale s’est tenue le 20 avril 1998 à Paris, sous la convocation de M. Ibrahima Soumah, alors conseiller principal au ministère des Mines.
Cette rencontre officielle réunissait, pour le gouvernement guinéen, M. Dicko, M. Ibrahima Soumah, M. Sylla et M. Robertson. Pour Rio Tinto, y participaient M. Steve Jopling, M. J. Harris, Mme Elliott et M. Frilet, tous directement impliqués dans les études techniques et la structuration stratégique du projet.
Les procès-verbaux de ces échanges, collectés dans le cadre d’une étude anthropologique du projet Simandou, attestent que, dès cette époque, les travaux de prospection étaient déjà avancés, notamment sur les permis n°3 et n°4 au sud du massif. Les recherches se concentraient particulièrement sur les zones du Pic du Fon et du Pic du Tibé, avec un programme initial de dix forages de 200 à 250 mètres, illustrant le niveau de maturité technique déjà atteint.
Par ailleurs, Rio Tinto soulignait dès 1998 le caractère exceptionnel, complexe et fortement capitalistique du projet, estimant les investissements initiaux nécessaires entre 3 et 4 milliards de dollars américains, avant toute génération de chiffre d’affaires, ce qui en faisait déjà l’un des projets miniers les plus ambitieux au monde.
De surcroît, les discussions portaient également sur des paramètres structurants encore au cœur du projet aujourd’hui : participation éventuelle de l’État guinéen à hauteur de 20 %, conditions financières de cette participation, valorisation des travaux antérieurs réalisés au-delà des obligations du Code minier (à rembourser à l'État guinéen), régime fiscal, infrastructures ferroviaires et hypothèses de prix du minerai. Les échanges techniques ultérieurs, notamment ceux des 23 et 24 septembre 1998 à Paris, consignés dans le compte rendu adressé à M. Soumah par Steven Jopling, confirment l’avancée de la réflexion stratégique. Dans ce document, M. Jopling précisait :
"Cher Monsieur Soumah, veuillez trouver ci-joint le compte rendu des réunions qui se sont tenues les 23 et 24 septembre 1998 à Paris. Ce compte rendu a été rédigé par M. Frilet et doit encore être approuvé par Rio Tinto. Il semble que DE Consult ait utilisé le prix brut du fer plutôt que le prix ajusté pour le minerai de fer. Par conséquent, la capacité des entreprises minières à payer le coût du transport ferroviaire, estimé entre 9 et 12 dollars, a été surestimée."
Cet extrait démontre que nos prédécesseurs assuraient pleinement le suivi technique et stratégique, contrairement à certaines affirmations de détracteurs contemporains.
Dès lors, s’il est légitime de reconnaître les efforts actuels visant à débloquer et accélérer la mise en œuvre d’un projet longtemps entravé, il serait discutable sur le plan intellectuel de réécrire l’histoire en prétendant que Simandou serait une création récente. En réalité, le projet Simandou est le fruit d’un long continuum étatique, nourri par des études, des négociations et des arbitrages successifs.
En définitive, la réussite éventuelle du projet Simandou relève de la continuité de l’État guinéen, et non d’une appropriation conjoncturelle. La vérité historique, étayée par des documents, des dates et des acteurs clairement identifiés, impose rigueur, humilité et respect des faits dans le débat public.