Simandou : enjeux et défis de la mobilisation des recettes de l’État guinéen
En août 2025, les ministères guinéens du Budget, des Mines et de la Géologie, en collaboration avec le Projet de Gestion des Ressources Naturelles et de l’Environnement (PGRNME), ont évalué la collecte des recettes fiscales, douanières et autres revenus de l’État liés au projet Simandou. Bien que le rapport final n’ait pas encore été publié par le gouvernement, notre rédaction partagera régulièrement ses principaux enseignements, qui mettent en lumière les risques pesant sur la mobilisation des ressources publiques.
Le projet Simandou, l’un des plus importants projets miniers au monde, comprend deux ensembles de blocs : les blocs 1 et 2 exploités par Winning Consortium Simandou (WCS) et les blocs 3 et 4 exploités par Simfer SA, dont Rio Tinto est actionnaire. Avec plus de trois milliards de tonnes de minerai de fer à très forte teneur (supérieure à 65%), ces réserves sont stratégiquement importantes et représentent une production annuelle estimée à 120 millions de tonnes pour la première phase. Cette production massive pourrait influencer l’équilibre mondial de l’offre et de la demande, exerçant une pression sur les prix du marché.
Au-delà de l’exploitation minière, Simandou est également un projet d’infrastructures intégrées d’une envergure exceptionnelle en Afrique, incluant un réseau ferroviaire de plus de 600 km et des infrastructures portuaires, pour un investissement global d’environ 20 milliards de dollars. Ces infrastructures visent à faciliter l’exportation du minerai et à réduire les coûts logistiques.
Face à ces enjeux, les ministères concernés ont sollicité l’appui de la Banque mondiale pour réaliser une étude stratégique visant à évaluer les dispositifs fiscaux et institutionnels existants et à proposer des recommandations pour optimiser la mobilisation des recettes publiques. L’étude a combiné une modélisation financière des recettes attendues, un diagnostic organisationnel des administrations concernées et des recommandations opérationnelles pour renforcer leur capacité de collecte.
L’analyse des revenus repose sur les conventions fiscales spécifiques à chaque bloc minier et aux infrastructures associées, qui prévoient notamment des exonérations temporaires, des redevances et un impôt sur les sociétés différé. En l’absence de la publication des conventions renégociées en 2023, l’étude s’est appuyée sur les versions précédentes et sur les données publiques disponibles. Le modèle financier développé indique que les recettes de l’État pourraient atteindre en moyenne 1,5 milliard de dollars par an sur 25 ans, soit un cumul de 52 milliards de dollars et une valeur actuelle nette de 18,2 milliards à 6 %. Selon les scénarios de prix, les recettes annuelles pourraient varier entre 1,1 et 2,1 milliards de dollars, soulignant la sensibilité du projet aux fluctuations du marché mondial du minerai de fer. Comparativement, les recettes totales de l’État en 2023 étaient d’environ 3 milliards de dollars, ce qui montre le potentiel significatif de Simandou.
Toutefois, ces recettes seront marquées par une forte volatilité liée à l’évolution des prix et à la fin des périodes d’exonération. Une gestion dynamique, incluant provisions et endettement, ainsi que des stratégies de sécurisation de contrats, pourrait contribuer à lisser ces fluctuations. Par ailleurs, six catégories de revenus concentrent 97 % des recettes : impôt sur les sociétés, dividendes versés à l’État, taxes sur les salaires, taxes minières, redevances sur les infrastructures et taxes à l’importation. La sécurisation de ces flux constitue une priorité.
Les principaux risques identifiés concernent le contrôle des prix de transfert, la déclaration et la valorisation des minerais, ainsi que la formalisation du secteur des sous-traitants. Pour les impôts sur les sociétés et les dividendes, il est essentiel de prévenir la minoration des bénéfices imposables, la délocalisation des profits ou l’optimisation abusive de la structure financière. Concernant les taxes minières, le contrôle de la quantité et de la qualité du minerai exporté repose sur des mesures techniques précises, incluant le recours à des laboratoires privés et le suivi des échantillons par le Laboratoire National de Guinée. Les taxes sur les salaires et les importations nécessitent quant à elles une formalisation accrue et un suivi rigoureux des déclarations, tout en simplifiant les procédures administratives.
Enfin, l’étude recommande la mise en place de mesures transversales : diffusion des conventions renégociées, formation et recrutement de spécialistes, digitalisation des processus fiscaux et investissements dans les contrôles logistiques et technologiques. L’organisation actuelle des administrations est jugée cohérente mais sous-dimensionnée, justifiant la création d’une unité de coordination inter-institutionnelle pour assurer le suivi stratégique et opérationnel du projet. Des services spécialisés au sein de la DGI et de la SOGUIPAMI sont également préconisés pour le contrôle des prix de transfert, l’analyse financière, la valorisation du minerai et le suivi des exportations, garantissant ainsi une optimisation des recettes de l’État et une gestion transparente du projet Simandou.

